Pendant près de deux semaines, la Ducati Multistrada 1260 Enduro a été ma fidèle compagne de voyage, incarnant toute l’élégance italienne dans une robuste silhouette de crossover. Mon itinéraire a serpenté à travers les forêts mystérieuses de Carélie, résonné au son lointain des hurlements de loups, et je me suis reposé sur les tapis de mousse intacte de la péninsule de Rybatchi sous l’immensité du ciel arctique. Cette aventure a parfaitement démontré la raison d’être et l’esprit des grandes motos d’enduro de voyage.

Ducati Multistrada 1260 Enduro
La catégorie et ceux qui la dominent
Les grandes motos d’enduro de voyage représentent le sommet du savoir-faire des principaux constructeurs et forment un cercle fermé dominé par BMW, KTM et Ducati. Cette catégorie va bien au-delà de ce que proposent les Suzuki V-Strom 1000 et Yamaha XT1200Z Super Tenere, avec des équipements haut de gamme tels que des suspensions à réglage électronique, un système antiblocage innovant en virage et une multitude de capteurs de sécurité — depuis le contrôle des cabrages jusqu’à, pourrait-on plaisanter, l’évaluation du café au bord de la route.

L’évolution de l’Enduro de Ducati
La Ducati 1200 Enduro avait placé la barre très haut, mais la nouvelle 1260 Enduro va encore plus loin. La cylindrée du moteur est passée à 1262 cm³, faisant progresser la puissance de 152 à 158 ch, avec un plateau de couple de 128 Nm étalé entre 3500 et 5000 tr/min. Fait intéressant, le débattement des suspensions a été réduit de 200 à 185 mm, aussi bien pour la fourche que pour l’amortisseur arrière, afin d’abaisser la hauteur de selle et le centre de gravité de la moto. Mais cela nuit-il à ses aptitudes hors route ? Le système évolué de suspension Ducati Skyhook, véritable merveille technologique digne de la science-fiction, promet de compenser ces changements.

Tableau de bord, commandes et bagages
L’écran couleur TFT de cinq pouces semble d’abord surchargé, mais il propose des fonctions que même toutes les voitures de luxe ne possèdent pas. DWC et DTC désactivés — c’est mon choix : j’ai coupé l’anti-cabrage et l’antipatinage.

On s’habitue rapidement à l’abondance de boutons sur le guidon gauche ; tout est disposé de manière logique et ne demande aucun mouvement superflu.

La protection du carter a stoïquement résisté à des dizaines d’impacts de pierres, mais sa taille modeste reste tout de même préoccupante — mieux vaut ajouter une protection supplémentaire.

Les valises officielles de la Ducati 1260 Enduro sont fabriquées par Touratech : celle de gauche, d’un volume de 45 litres, peut facilement accueillir n’importe quel casque, tandis que celle de droite, de 40 litres, est légèrement plus petite à cause du silencieux.
L’expédition d’une vie

Pour comprendre réellement les capacités de la Ducati Multistrada 1260 Enduro, je me suis lancé dans une expédition épique à travers la Carélie jusqu’à la péninsule de Rybatchi, à l’extrême nord-ouest de la Russie. Ce voyage de 6000 kilomètres, dont la moitié sur des pistes de terre très variées, commençait et se terminait à Moscou. Ce fut une épreuve d’endurance et de caractère, avec des nuits sous les étoiles et des terrains difficiles. Mes compagnons étaient la polyvalente Multistrada 950 S et l’énergique Scrambler Desert Sled, tandis qu’un robuste Volkswagen Amarok Canyon nous servait de véhicule d’assistance.


Les 700 premiers kilomètres jusqu’à Saint-Pétersbourg n’étaient qu’un prélude au fascinant nord de la Russie. Malgré son réservoir de 30 litres et ses 254 kg, la Ducati 1260 Enduro s’est révélée incomparable sur l’asphalte. Elle combine la puissance brute d’un roadster avec le confort d’une grande routière, pouvant maintenir sans effort des vitesses dignes de voitures de sport prestigieuses tout en conservant un niveau remarquable de confort et d’efficacité.

Cap sur la Carélie
À Saint-Pétersbourg, nous avons changé de configuration en montant des pneus Pirelli Scorpion Rally, prêts pour les aventures hors route à venir. Notre route vers Vottovaara était imprégnée d’histoire et de beauté naturelle, reflet de la richesse exceptionnelle de la Carélie.

La Carélie a laissé en moi une trace indélébile, comme un chapitre d’une grande saga mêlant nature et histoire. Les villes de Kem et d’Oumba restent dans ma mémoire avec leurs authentiques bains russes, et je crois encore sentir le parfum du bouleau et du bois fraîchement coupé.

Dès le deuxième jour, la Ducati Multistrada 1260 et moi étions parfaitement en phase. J’ai retenu le mode moteur Enduro, associé à l’ABS sur la roue avant et à un système antiblocage arrière désactivé. L’antipatinage était lui aussi coupé. Malgré le débattement de suspension réduit, les aptitudes hors route de la moto étaient impressionnantes, même si quelques chocs sur la protection moteur me rappelaient parfois les compromis de cette nouvelle configuration. La Multistrada 950 S, pilotée par mon collègue, maintenait sans difficulté 90 à 100 km/h sur terrain accidenté, m’obligeant à suivre son rythme.

La Scrambler Desert Sled, d’abord reléguée dans notre véhicule d’assistance, a réellement révélé son potentiel une fois libérée sur les pistes de Rybatchi. Comparée à ses sœurs Ducati plus lourdes, elle semblait agile et facile, franchissant sans effort des terrains qui exigeaient une concentration intense sur les modèles plus imposants.

Le phare de Vaïdagoubski, sur le cap Nemetski de la péninsule de Rybatchi, fonctionne toujours.

La péninsule Sredni et le golfe Motovski de la mer de Barents.
Le problème du poids
Le principal défi avec des machines comme la Multistrada 1260 S ou la « grosse oie » de BMW est leur poids. Manœuvrer un engin d’un quart de tonne dans la boue ou le sable est une tâche redoutable même pour un pilote expérimenté. Pour les moins aguerris, s’aventurer à plus de cent mètres de l’asphalte peut déjà devenir intimidant.


Rybatchi et le cap Nemetski
Mais l’âme de l’aventure se trouvait au-delà du confort des routes asphaltées. Après une semaine dans les paysages paisibles de Carélie, nous avons atteint le lac Kanentiavr et la péninsule de Rybatchi. Les trois jours suivants figurent parmi les plus riches de tous mes voyages à moto. Entre les traversées de rivières à gué et les traces saisissantes de la guerre dispersées dans ce paysage austère, l’expérience fut profondément émouvante.


Camper au cap Nemetski en regardant vers les côtes de Norvège, puis parcourir les 40 kilomètres du retour, au cours desquels nous avons même dû dégager notre Amarok enlisé, a encore enrichi l’aventure. Traverser Rybatchi dans l’obscurité complète, avec le réservoir de la Scrambler une nouvelle fois vide, contrastait fortement avec la monotonie des routes asphaltées.


Ces expériences m’ont amené à réfléchir à mes choix financiers et à remettre en question certains de mes stéréotypes. Fait remarquable, aucune Ducati n’a connu la moindre panne pendant tout le voyage.


Photo : Dmitry et Leonid Grinberg | Artem Lepesin | Nikita Kolobanov
Il s’agit d’une traduction. Vous pouvez lire l’article original ici : Le silence du Nord, ou les Italiens dans l’Arctique russe. Voyage en Ducati Multistrada 1260 Enduro
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Publié Février 07, 2024 • 8m à lire