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La perfection dans le détail : L’histoire de la Rolls-Royce Silver Wraith et de l’Atelier Franay

La perfection dans le détail : L’histoire de la Rolls-Royce Silver Wraith et de l’Atelier Franay

En 1946, alors que le monde sortait de l’ombre de la Seconde Guerre mondiale, la célèbre entreprise britannique Rolls-Royce reprit la production de véhicules civils. Parmi ses modèles figurait un descendant direct d’après-guerre d’un modèle d’avant-guerre — la Wraith. L’immense Phantom III à douze cylindres fut jugée trop extravagante pour les difficiles années d’après-guerre, tant en matière de production que d’usage pratique. La Wraith, dont le nom signifie « Esprit », descendait directement du modèle 20/25, conçu comme une « voiture pour propriétaire-conducteur » : relativement compacte et plus facile à manier que les gigantesques Phantom, qui exigeaient un professionnel robuste et bien entraîné.

La Rolls-Royce Silver Wraith de 1947 avec carrosserie deux portes par Franay
L’emblème du célèbre atelier français de carrosserie Carrosserie Franay

Une Rolls-Royce d’après-guerre, et l’origine du « Silver »

La Rolls-Royce d’après-guerre n’était évidemment pas une simple copie de sa devancière. Le châssis recevait un nouveau cadre et une suspension avant indépendante revue, à ressorts hélicoïdaux. Le six-cylindres en ligne amélioré, avec sa configuration caractéristique à soupapes en tête et latérales, aurait développé quelque 125 chevaux — une valeur que le constructeur, fidèle à sa tradition, préférait ne pas communiquer. Plusieurs autres améliorations mineures furent apportées afin de distinguer la nouvelle voiture de son ancêtre. Et pour souligner cette transformation, on ajouta « Silver » à son nom : la « Wraith » devint la « Silver Wraith », un échelon supplémentaire dans la hiérarchie du luxe.

L’aile avant fluide et le marchepied de la Silver Wraith
Spirit of Ecstasy
La carrosserie deux portes Franay vue de trois quarts avant
Plaques d’identification d’usine d’une Rolls-Royce classique

Un châssis, et une carrosserie au choix

Comme c’était l’usage chez Rolls-Royce, la Silver Wraith était principalement proposée sous forme de châssis nu, sans carrosserie. Les acheteurs fortunés devaient commander à un carrossier une carrosserie réalisée selon leurs goûts personnels. La plupart de ces commandes étaient confiées à des artisans britanniques ayant survécu aux difficiles années de guerre. Dans notre histoire, toutefois, l’élégante carrosserie deux portes de cette Rolls-Royce fut dessinée et réalisée par le célèbre atelier français Franay, à la demande d’un médecin suisse exigeant, le Dr M. Adel Latif, homme de goût raffiné et disposant de moyens considérables.

Le côté conducteur de l’habitacle de la Silver Wraith

Vue du poste de conduite. La boîte à gants du côté conducteur ne possède pas de couvercle.
Les sièges avant en cuir et le levier de vitesses à droite

Tous les sièges sont garnis de cuir. Le coussin du siège conducteur est légèrement « échancré » afin de faciliter le passage des rapports ; le levier de la boîte à quatre vitesses se trouve à la droite du conducteur.

Deux empattements, et la fin d’une époque

Jusqu’en 1951, la Silver Wraith n’était proposée qu’avec un seul empattement : 3 226 millimètres. La version « châssis long » de 3 373 millimètres apparut après que Rolls-Royce eut commencé à préparer un modèle « supérieur » destiné à remplacer les vieillissantes Phantom. Entre-temps, la Bentley Mk. VI modifiée fut désignée comme nouveau modèle « inférieur » et reçut une carrosserie fermée quatre portes standardisée. Cette transition vers la « Silver Dawn » marqua la fin d’une époque durant laquelle toutes les Rolls-Royce — berlines majestueuses comme cabriolets sportifs — reposaient sur le même châssis, le carrossier apportant ensuite les finitions selon les goûts du client.

L’habitacle de la Silver Wraith vu du côté passager
Le tableau de bord est en bois naturel
Le tableau de bord en bois, avec les instruments regroupés symétriquement au centre

Le tableau de bord est réalisé en bois naturel d’essences précieuses. Les instruments sont regroupés symétriquement au centre ; l’indicateur de niveau d’huile et celui de température de l’eau du circuit de refroidissement partagent un seul cadran, en haut à droite.

Carrosserie Franay de Levallois-Perret

La Carrosserie Franay fut fondée en 1903 à Levallois-Perret, dans la banlieue de Paris, par le maître artisan Jean-Baptiste Franay, au moment où l’ère automobile commençait à peine. En seulement une décennie, l’entreprise acquit une position importante dans la carrosserie française. La Première Guerre mondiale interrompit son activité et, comme beaucoup d’autres, elle dut pratiquement repartir de zéro après le conflit. Heureusement, le fils de Jean-Baptiste, Marius, avait alors atteint l’âge de reprendre l’entreprise familiale ; à partir de 1922, il la ramena progressivement à son ancien prestige.

Pendant la prospère période de l’entre-deux-guerres, la firme travailla sur des véhicules des plus grandes marques du monde entier, de l’Ancien comme du Nouveau Monde — Hispano-Suiza, Packard, Duesenberg et Delage notamment. Il n’est donc pas surprenant que les acheteurs de Rolls-Royce et de Bentley, lorsqu’ils n’étaient pas trop attachés aux anciennes traditions britanniques, aient volontiers fait appel à ses services.

Les sièges avant rabattables, la capote abaissée et la banquette arrière

Sur cette photo, les détails chromés brillants des sièges avant rabattables et la capote souple repliable sont particulièrement visibles. À l’arrière, l’espace paraît un peu compté. La banquette possède un accoudoir central rabattable.

Une clientèle qui se réduisait comme un vieux parchemin

L’entreprise se révéla étonnamment résistante et traversa la Seconde Guerre mondiale aussi bien qu’elle avait traversé la Première. À la fin des années 1940, toutefois, sa clientèle diminuait à une vitesse inquiétante, comme un vieux parchemin qui se dessèche. Le passage massif des constructeurs automobiles du monde entier aux carrosseries monocoques réduisit fortement l’activité des carrossiers traditionnels, situation aggravée par la tendance du gouvernement français d’après-guerre à malmener ses constructeurs de voitures de prestige. Ils durent donc accepter des commandes sur châssis importés, comme dans le cas de cet exemplaire.

La riche garniture de porte en cuir, réalisée dans la même peau que les sièges

La garniture intérieure des portes est spectaculaire et élaborée, réalisée dans le même cuir que les sièges.

Retenue, et quatre sabres chromés

À la fin des années 1940, la mode des décorations chromées voyantes couvrant tout le véhicule n’avait pas encore envahi la France, même si Marius Franay y céda certainement plus tard. Sur la voiture du médecin, les garnitures en forme de sabre longeant les bords des ailes avant et arrière avaient une véritable utilité : elles protégeaient les quatre coins de la voiture contre les petits chocs et rayures. En dehors de ces détails caractéristiques, le chrome restait limité au strict minimum — les pare-chocs, la calandre emblématique Rolls-Royce, une fine baguette le long de la ligne de caisse et, peut-être, rien de plus. Ah si, les cerclages des phares et du pare-brise. Sobre et élégant.

L’avant de style français, avec les phares intégrés aux ailes

Le dessin de la partie avant est réalisé dans un style typiquement français : les carrossiers britanniques n’avaient pas encore osé abandonner les phares séparés et autonomes pour intégrer les optiques avant directement aux ailes. Les brillants « cimeterres » chromés recouvrant les bords avant des ailes furent également utilisés par d’autres ateliers français, notamment Figoni & Falaschi.
Le six-cylindres en ligne de 4 257 cm³ dans un compartiment moteur propre et spacieux

Le compartiment moteur est propre et spacieux. Le six-cylindres en ligne possède une cylindrée de 4 257 centimètres cubes ; quant à la puissance qu’il développe, la firme observait traditionnellement un silence plein de fierté.

L’intérieur, là où Franay s’est vraiment lâché

S’il est un domaine où les artisans de Franay ont réellement laissé libre cours à leur créativité, c’est l’habitacle. L’élégante sellerie en cuir, les placages de bois précieux sur les portes et le tableau de bord, les ferrures raffinées — tout cela fut exécuté avec une véritable légèreté française que ni les Anglais ni les Allemands, y compris Erdmann & Rossi, ni même les Italiens ne parvenaient à égaler. Le Dr Latif pouvait être pleinement satisfait de son automobile britannique imprégnée d’esprit français.

Comment l’histoire s’est terminée pour les carrossiers français

Au milieu des années 1950, les constructeurs français qui tentaient encore de produire des voitures haut de gamme et luxueuses durent faire face à l’inévitable : cesser leurs activités. La politique gouvernementale, strictement dirigiste envers l’industrie automobile nationale, rendait la production de voitures de plus de deux litres non seulement non rentable, mais véritablement impossible à soutenir. L’un après l’autre, des constructeurs qui avaient survécu aussi bien à la Grande Dépression qu’à la guerre en produisant des automobiles rapides et confortables — Delage, Hotchkiss, Delahaye, Talbot-Lago — quittèrent la scène.

Les carrossiers du pays ne purent alors compter que sur quelques commandes occasionnelles utilisant des châssis importés. La Carrosserie Franay, par exemple, réalisa en 1955 une petite série de cinq voitures sur des châssis de Bentley Continental. Plus tard, elle reçut un « prix de consolation » quelque peu ironique : une commande de l’État pour créer une limousine cérémonielle destinée au président du pays, sur la base du châssis de la Citroën 15CV alors en production. Ce projet devint le dernier chef-d’œuvre des artistes de Levallois-Perret.

La Silver Wraith par Franay vue de trois quarts arrière

Vue de l’arrière, la voiture dégage une impression de finesse et de vitesse. Les quelques éléments brillants ajoutent une touche d’élégance à l’ensemble.

Photo : Sean Dugan, Hyman Ltd.

Il s’agit d’une traduction. Vous pouvez lire l’article original ici : « Esprit d’argent » à la française : la Rolls-Royce Silver Wraith by Franay de 1947 pour un médecin suisse

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